LES TEXTES DU BOUDDHA
ET DU BOUDDHISME : UN OCÉAN DE PAGES
De même que les images
divines se multiplièrent à partir de la figure du Bouddha, des
sermons qu'il prononça naquit une très vaste littérature.
Commentateurs, essayistes et vulgarisateurs tracèrent la biographie
du Shakyàmuni (le saint de la lignée des Shâkya) Bouddha,
en expliquèrent les théories, en racontèrent l'histoire
et narrèrent les développements du bouddhisme. Même en
Europe apparurent de nombreux centres bouddhiques avec des publications périodiques.
Il n'est pas erroné d'affirmer - même en tenant compte du fait
que le papier et l'imprimerie se répandirent en Chine dès le
l er siècle après J.-C. - que l'on a écrit, animé
par la foi ou sur la foi bouddhique, plus de mots que sur tout autre sujet,
et cela sur une période qui couvre environ deux mille ans !
Trois faits significatifs sont à retenir.Le plus ancien livre imprimé
dont une copie
complète nous est parvenue est une version en chinois du Sûtra
de diamant du lXe siècle : une longue série de xylographies
tabellaires imprimées sur une seule face. Un exemplaire en est conservé
au British Museum de Londres. Au même siècle, l'Université
bouddhique de Nalanda (où convergeaient chaque année 8 500 étudiants
et 1 500 maîtres, et où chaque jour avaient lieu cent cours)
conservait dans sa bibliothèque, définie comme "la plus
riche du monde", une copie de chaque cours.
En 1905, R.J. Jackson et J.R. Pain ouvrirent à Londres la première
librairie européenne exclusivement consacrée à la littérature
bouddhique de langue anglaise. L'origine commune de tous les textes fut le
Canon en langue palle, rédigé entre le premier et le second
concile. II se divise en trois parties (tipitaka
: trois pitaka, terme qui signifie corbeille, boîte, recueil d'écrits)
: le Suttapitaka (Corbeille des paroles textuelles) ou recueil des sermons,
divisé en cinq volumes, avec plus de quatre mille sûtra ; le
Vinayapitaka (Corbeille de la discipline), qui contient les règles
de l'Ordre et est, quant à lui, divisé en trois livres ; et
l'Abhidhammapitaka (Corbeille de la référence de la Loi), corbeille
de la méta-physique qui, en sept traités, contient la philosophie
et la science du Bouddha. L'un des plus grands commentateurs du Tipitaka fut
Buddhagosa qui écrivit le Visud
dhimarga (Voie de la pureté) ;tandis que l'on peut avec certitude associer
aux paroles réelles du Bouddha le Dhammasukkâya (Compendium de
la Loi) d'Avalokitasima, recueil d'aphorismes-quatrains en plusieurs volumes,
extrait du Saddharota-smirty-upasthâna-sûtra et immédiatement
diffusé en sanskrit, tibétain et chinois. Ces textes canoniques
sont certainement proches de ce que le Bouddha a dit, même si l'on considère
que quelques centaines d'années de tradition orale ou de transcription
manuelle - surtout avec la diver¬sification dogmatique des écoles
- ne peuvent nous garantir une totale certitude. Outre les Tipitaka, le Petit
Véhicule considère comme post-canonique le Milinda Panho, ou
"Questions que le roi indo-grec Milinda (Ménandre) posa au sage
Nagasena". Le Grand Véhicule ajoute au Canon en sanskrit de nombreux
autres textes, par exemple le Mahavatsu et le Divyavadana. Au Tibet on lit
le Kanjur (108 volumes) et le Tanjur (250 volumes), en plus du Mahamunda du
premier Tashi-Lama et de traités de science occulte comme le Kui-ti
(35 volumes de texte et 14 de commentaires). Chaque secte a donc apporté
aux très vastes écritures originales sa propre contribution,
elle-même considérable. Et voici, en conclusion, le sommaire
général du "Canon pali".
1.
SUTTApitaka
"Corbeille des paroles
textuelles":
I Dîgha-Nikâya (34 sûtra : "amoncellement des textes
longs").
11 Majjhima Nikâya (152 sûtra : "amoncellement des textes
moyens").
111 Samyutta Nikâya (56 groupes de sûtra :"amoncellement
des textes liés l'un à l'autre").
IV Anguttura Nikâya (plus de 2500 sûtra : "amoncellement
des textes d'un vers et plus"). V Khuddaka Nikâya
"amoncellement des petits textes" :
1) Kuddakapdtha, "les petites leçons" ;
2) Dhammapada, "les vers de la Loi" ;
3) Udâna, "vers d'exaltation"
4) ltivuttaka, "ce qui a été dit":
5) Suttanipâta, "recueil d'aphorismes" ;
6) Vimânavatthu, "les divins palais" ;
7) Petavatthu, "les trépassés"
8) Thcragâthâ, "chants des moines" ;
9) Terîgâthâ, "chants des nonnes" ;
10) Jâtaka, "les naissances" ;
11) Niddesa, "l'Index" ;
12) Partisantbhidârnagga, "le sentier de la discrimination complète"
;
13) Apadâna, "les entreprises"
14) Buddhavamsa, "la lignée des Bouddha" ;
15) Cariyâpitaka, "la Corbeille du comportement".
2.
VINAYApitaka
"Corbeille de la discipline".
I Sutlavibhanga, "division des textes" :
1) Aitahàrihhanga, "grande division", ou Bikkhuvibhanga,
"division concernant
les moines" ;
Il Khandhaka, "les morceaux" :
1) Mahâvagga, "la grande section" ;
2) Cullavagga, "la petite section".
lll Parivâra, "le cortège" ; ou Parivârapâtha,"la
leçon formant cortège":
3. ABHIDHAMMApitaka
"Corbeille de la référence de la Loi".
I Dhammasangani, "classification
de la réalité" ;
lI Vibhanga, "divisions" ;
III Kathâvatthu,"à propos des questions" ;
IV Pugalapannati,"description de la personnalité" ;
V Dhâtukathâ, "au sujet des éléments"
;
VI Yamaka, "les couples"
VIl Patthâna, "les causes".
Extrait du livre Bouddha l'Eveillé ( Gabriele Mandel
Khân)