Le Bouddha dit : « O bhikkhus, il y a deux sortes de maladie.
Quelles sont ces deux (sortes de maladie) ? La maladie physique et la maladie
mentale. Il semble qu'il y ait des gens qui ont le bonheur d'être exempts
de maladie physique pendant un an ou deux... ou même pendant cent ans
et plus. Mais, O bhikkhus, rares sont ceux qui, en ce monde, sont exempts, un
seul instant, de maladie mentale, à l'exception de ceux qui sont exempts
de souillures mentales (c'est-à-dire des Arahants). »
L'enseignement du Bouddha, particulièrement sa voie de la méditation
, vise à procurer un état de parfaite santé mentale, d'équilibre
et de tranquillité. Il est bien regrettable qu'il n'y ait guère
de section de son enseignement qui ait été aussi mal comprise
et faussement mise en pratique que la « méditation », tant
par les bouddhistes que par les non-bouddhistes. Dès que le mot «
méditation » est mentionné, on pense à une évasion
des activités quotidiennes de la vie, à l'écart de la société.
La véritable « méditation » bouddhique ne signifie
nullement ce genre d'évasion. L'enseignement du Bouddha sur ce sujet
fut si mal ou si peu compris que la voie de « méditation »
dégénéra ultérieurement en une sorte de rituel ou
de cérémonial, presque technique dans sa routine.
Beaucoup de gens s'intéressent à la méditation ou au yoga
dans le désir d'acquérir des pouvoirs spirituels ou mystiques,
comme le « troisième oeil », que les autres ne possèdent
pas. Il y a quelque temps, en Inde, il y avait une nonne bouddhiste anglaise
qui s'efforçait de développer le pouvoir de voir par les oreilles,
alors qu'elle était encore en possession d'une vision oculaire parfaite.
Des idées comme celles-ci ne sont que « perversions mentales ».
C'est toujours une question de désir, de « soif » de puissance,
que ce soit dans les domaines politique, militaire, économique ou spirituel.
Le mot « méditation » rend très mal le sens du terme
original bhavana qui signifie « culture » ou « développement
», c'est-à-dire culture mentale, développement mental. La
bhavanâ bouddhiste est, à proprement parler, une culture mentale
dans le vrai sens du terme. Elle vise à débarrasser l'esprit de
ses impuretés, de ce qui le trouble, comme les désirs sensuels,
la haine, la malveillance, l'indolence, les tracas et agitations, les doutes
; et à cultiver les qualités telles que la concentration, l'attention,
l'intelligence, la volonté, l'énergie, la faculté d'analyser,
la confiance, la joie, le calme, conduisant finalement à la plus haute
sagesse qui voit les choses telles qu'elles sont et qui atteint la Vérité
Ultime, le Nirvâna.
Il y a deux formes de méditation. L'une est le développement de
la concentration mentale (samadha ou samadhi), de la fixation unificatrice de
l'esprit (cittekaggatà, en Sanskrit cittaikagrata) qui, par des méthodes
variées décrites dans les textes, conduit aux plus hauts états
mystiques comme « la Sphère du Néant » ou « Sphère
de ni-Perception-ni-non-Perception ». Tous ces états mystiques
sont, selon le Bouddha, des créations et des productions mentales (samkhata).
Ceux-ci n'ont rien à voir avec la Réalité, la Vérité,
le Nirvana. Cette sorte de méditation existait déjà avant
lui. Elle n'est donc pas purement bouddhiste, mais elle n'est pas exclue du
domaine de la méditation bouddhiste. Elle n'est cependant pas essentielle
pour la réalisation du Nirvana. Le Bouddha lui-même, avant son
Eveil, avait étudié ces exercices yogiques sous la direction de
différents instructeurs et il avait atteint les plus hauts états
mystiques ; mais ceux-ci ne l'avaient pas satisfait, car ils ne procuraient
pas la libération complète, ne donnaient pas la vision de la Réalité
Ultime. Il considérait seulement ces états mystiques comme une
manière de « demeurer heureux en cette existence » (ditthadhammasukhavihàra),
et rien de plus.
Il découvrit alors l'autre forme de « méditation »
connue sous le nom de vipassana (Sanskrit : vipaSyanà ou vidarsanà),
«vision» dans la nature des choses, qui conduit à la complète
libération de l'esprit, à la réalisation de la Vérité
Ultime, au Nirvàna. C'est essentiellement la « méditation
», la culture mentale bouddhiste. C'est une méthode analytique
basée sur l'attention, la prise de conscience, la vigilance, l'observation.
Il n'est pas possible de traiter convenablement, en quelques pages, un sujet
aussi vaste, aussi profond et aussi important. On va cependant tenter d'esquisser
brièvement ce qu'est la véritable « méditation »
bouddhiste en tant que culture mentale, d'une manière pratique dont le
lecteur puisse tirer profit.
Le discours le plus important que le Bouddha a jamais donné sur le développement
mental (« méditation ») est intitulé «
Satipatthàna-sutta », «
l'Établissement de l'Attention » (Digha-nikàya ou Majjhima-nikàva).
Ce discours est si hautement vénéré dans la tradition qu'on
le récite régulièrement, non seulement dans les monastères,
mais aussi dans les foyers bouddhistes, devant la famille assise en cercle et
écoutant avec une profonde dévotion. Les bhikkhus récitent
très souvent ce sutta au chevet d'un mourant afin de purifier ses dernières
pensées.
Les manières de « méditer » indiquées dans
ces discours ne sont pas retranchées de la vie, elles n'évitent
pas la vie. Au contraire, elles sont toutes en rapport avec notre vie, avec
nos activités quotidiennes, avec nos tristesses et nos joies, avec nos
paroles et pensées, avec nos occupations morales et intellectuelles.
Le discours est divisé en quatre sections principales la première
a trait à notre corps (kaya), la seconde à nos sensations (vedana),
la troisième à notre esprit (citta) et la quatrième section
à des sujets moraux et intellectuels variés (dhamma).
On doit comprendre clairement que, quelle que soit la forme de «méditation
», ce qui est essentiel, c'est l'attention, la prise de conscience (sati),
l'observation (anupassana).
Un des exemples de « méditation » les plus connus, populaires
et pratiques, concernant le corps, est « l'attention à la respiration
» (ânapanasati). C'est pour cette méditation seulement qu'une
posture particulière et définie est prescrite dans le texte. Pour
les autres formes de « méditation », exposées dans
ce sutta, vous pouvez vous asseoir, vous tenir debout, marcher ou rester étendu,
comme il vous conviendra. Mais pour s'exercer à l'attention à
la respiration (inspiration et expiration) on devrait, selon le texte, s'asseoir
« jambes croisées, tenant le corps droit, l'attention en alerte
». Mais s'asseoir jambes croisées n'est pas pratique ni facile
pour les gens de tous les pays, particulièrement pour les Occidentaux.
Par conséquent, les personnes pour lesquelles il serait difficile de
se tenir dans cette posture, peuvent s'asseoir sur une chaise « tenant
le corps droit et l'attention en alerte ». Il est absolument nécessaire,
pour pratiquer cet exercice, que le méditant s'assoie bien droit, mais
sans raideur ; les mains reposent à l'aise sur les genoux. Assis de cette
manière, vous pourrez soit fermer les yeux, soit diriger votre regard
vers l'extrémité de votre nez, comme il vous conviendra.
Vous inspirez et vous expirez jour et nuit, mais vous n'en avez pas conscience,
vous ne concentrez jamais un seul instant votre esprit sur cet acte. Vous allez,
maintenant, faire justement cela. Respirez comme d'habitude, sans aucun effort
ni contrainte. Maintenant, que votre esprit se concentre sur l'inspiration et
l'expiration ; qu'il les observe ; que votre esprit soit vigilant sur votre
inspiration et votre expiration. Votre respiration peut être tantôt
longue, tantôt courte. Cela importe peu. Respirez normalement et naturellement.
La seule chose importante est que lorsque vous respirez longuement vous soyez
conscient que vous respirez longuement ; que lorsque votre respiration est courte,
vous en soyez conscient. Autrement dit, votre esprit doit être absolument
concentré sur votre respiration de sorte que vous ayez bien conscience
de ses mouvements et de ses changements de rythme. Oubliez tout le reste, tout
ce qui vous entoure. Ne levez pas les yeux, ne regardez rien. Essayez de faire
cela pendant cinq ou dix minutes. Vous aurez au début, beaucoup de mal
à maintenir votre esprit concentré ainsi sur votre respiration.
Vous aurez la surprise de constater comment il s'évade. Il ne restera
pas fixe. Vous vous mettrez à penser à des choses variées.
Vous entendrez les sons du dehors. Votre esprit sera troublé et distrait.
Vous en serez découragé et désappointé. Mais si
vous persévérez et pratiquez cet exercice, deux fois par jour,
matin et soir, pendant cinq ou dix minutes chaque fois, vous parviendrez progressivement
à réaliser cette concentration. Au bout d'un certain temps, viendra
un instant bref où votre esprit sera fixé sur votre respiration,
où vous n'entendrez plus les bruits du voisinage, le monde extérieur
n'existant plus pour vous. Ce court moment vous apportera une expérience
si grande, si chargée de joie, de bonheur et de calme, que vous aurez
le désir de le prolonger. Mais vous ne le pourrez pas encore. Si cependant,
vous continuez à pratiquer cet exercice régulièrement,
l'expérience pourra se reproduire encore et encore, de plus en plus longue.
C'est le moment où vous vous perdrez complètement dans l'attention
à votre respiration. Tant que vous resterez conscient de vous-même,
vous ne pourrez jamais vous concentrer sur rien. Cet exercice d'attention à
la respiration, qui est un des plus simples et des plus faciles à pratiquer,
a pour but de développer un pouvoir de concentration menant à
des réalisations hautement mystiques (dhyana). Le pouvoir de concentration
est d'autre part essentiel pour accéder à quelque forme que ce
soit de compréhension profonde, de pénétration, de vision
dans la nature des choses, y compris la réalisation du Nirvana. En dehors
de tout cela, cet exercice sur la respiration, vous apportera des résultats
immédiats. Votre santé physique en bénéficiera.
Il vous procurera la détente, un sommeil profond et rendra efficace votre
travail quotidien. Cela vous rendra calme, paisible, tranquille. Même
dans les moments où vous vous sentirez nerveux ou impatient, si vous
pratiquez cet exercice seulement deux minutes, vous verrez que vous vous sentirez
calmé et apaisé immédiatement. Vous aurez l'impression
de sortir d'un bon repos.
Une autre forme de « méditation » (de développement
mental) consiste à vous rendre attentif à tout ce que vous faites,
actes ou paroles, dans la routine quotidienne de votre travail, dans votre vie
privée, publique ou professionnelle. Que vous marchiez, soyez assis,
vous teniez debout, soyez couché ou dormiez, que vous détendiez
ou fléchissiez les membres, que vous regardiez autour de vous, que vous
enfiliez vos vêtements, que vous causiez avec quelqu'un ou restiez silencieux,
que vous mangiez ou buviez, que vous accomplissiez même des fonctions
naturelles -- quoi que vous fassiez, vous devriez être pleinement attentif
et conscient de votre acte à l'instant même où il est accompli.
Cela veut dire que vous devriez vivre ainsi dans le moment présent, dans
l'action présente. Cela ne signifie pas que vous devriez renoncer à
penser au passé et à l'avenir. Il vous faut y penser au contraire,
mais en relation avec le présent, avec l'action du moment, quand e' où
cela est à propos.
Les hommes, généralement, ne vivent pas dans leurs actes, dans
le présent, mais ils vivent dans le passé ou dans le futur. Bien
qu'ils paraissent faire quelque chose ici, à l'instant même, ils
sont ailleurs, dans leurs pensées, dans leurs problèmes et préoccupations
imaginaires, perdus le plus souvent dans des souvenirs du passé ou entraînés
dans des désirs et des spéculations sur l'avenir. Ils ne vivent
donc pas dans ce qu'ils font à l'instant même, ils n'en jouissent
pas. Aussi sont-ils malheureux, mécontents du présent, de leur
travail ; ils sont naturellement incapables de se donner entièrement
à ce qu'ils ont l'air d'être occupés à faire.
Vous observez parfois, dans un restaurant, un homme qui lit en mangeant un spectacle
très courant. Il semble très occupé et n'avoir même
pas le temps de manger. On pourrait croire qu'il fait les deux à la fois,
mais en réalité, il ne fait vraiment ni l'un ni l'autre. Son esprit
est tendu, agité, troublé, et il ne jouit nullement de ce qu'il
semble faire, il ne vit pas dans le moment présent. Inconsciemment et
follement, il essaie au contraire d'échapper à la vie réelle.
(Cela ne veut pas dire cependant qu'on ne doit pas parler avec un ami au déjeuner
ou au dîner.) Tant que vous vivrez, vous ne pourrez pas échapper
à la vie, quoi que vous fassiez, que vous résidiez dans une ville
ou que vous soyez retiré dans une grotte. Vous devez la regarder en face
et la vivre. La vie vraie, c'est le moment présent non pas les souvenirs
d'un passé qui est mort et enfui, ni les rêves d'un futur qui n'est
pas encore né. Celui qui vit dans le présent se trouve dans la
vie réelle et il est le plus heureux. Quand on lui demanda pourquoi ses
disciples, qui menaient une existence simple et calme, prenant un seul repas
par jour, étaient si radieux, le Bouddha répondit : « Ils
ne se repentent pas du passé, ils ne se préoccupent pas de l'avenir,
mais ils vivent dans le présent. C'est pourquoi ils sont radieux. En
se préoccupant de l'avenir et en se repentant du passé, les sots
se dessèchent comme des roseaux verts coupés (au soleil) . »
Attention ou prise de conscience ne signifie pas que vous devez penser et être
conscient : « Je fais ceci » ou « Je fais cela ». Non,
c'est justement le contraire. Dès que vous pensez « je fais ceci
», vous devenez conscient de vous-même, et alors vous ne vivez pas
dans votre acte mais dans l'idée « Je suis ». En conséquence,
votre travail est gâché. Vous devez vous oublier complètement
et vous perdre dans ce que vous faites. Dès qu'un orateur devient conscient
de lui-même et pense « je m'adresse à un auditoire »,
son discours est troublé et le cours de ses pensées rompues, mais
quand il se perd dans son discours, dans son sujet, c'est alors qu'il est le
meilleur, il parle bien et s'exprime clairement. Toute grande oeuvre artistique,
poétique, intellectuelle ou spirituelle est accomplie dans le moment
où son créateur est complètement absorbé dans son
action, où il s'oublie absolument, où il est débarrassé
de la conscience de soi.
Cette attention, cette conscience vigilante de nos activités, que le
Bouddha enseigna, consiste à vivre dans le présent, dans l'acte
même. (C'est aussi la voie du Zen qui est essentiellement fondé
sur cet enseignement). Ici, dans cette forme de méditation, vous n'avez
rien de particulier à faire pour développer votre attention, vous
n'avez qu'à être vigilant et attentif,
quoi que vous soyez en train de faire. Vous n'avez pas à perdre une seconde
de votre temps précieux à cette « méditation »
particulière, mais vous devez cultiver l'attention, la prise de conscience,
tout le temps, jour et nuit, à l'égard de toutes les activités
de votre existence quotidienne. Les deux formes de « méditation
» dont nous venons de parler concernent notre corps.
Il y a, maintenant, une manière de pratiquer le développement
mental ( méditation ) qui concerne nos émotions ou sensations,
que celles-ci soient agréables, désagréables ou neutres.
Prenons un exemple : vous éprouvez une sensation douloureuse. Dans cet
état, votre esprit est assombri, plongé dans le vague, il n'est
pas lucide, il est déprimé. Parfois même vous ne voyez pas
clairement pourquoi vous éprouvez cette sensation pénible. Tout
d'abord, vous devriez apprendre à ne pas être malheureux à
propos de vos sensations désagréables, à ne pas vous tracasser
au sujet de vos chagrins. Mais essayez de voir clairement pourquoi il y a cette
sensation de tristesse, de tracas et de douleur. Essayez d'examiner comment
elle apparaît, quelle est sa cause, comment elle se dissipe et cesse.
Tâchez de l'examiner comme si vous l'observiez du dehors, sans réaction
subjective, comme un savant observe un objet. Ici encore vous ne devez pas la
regarder subjectivement comme « ma sensation », mais seulement comme
« une sensation », objectivement. Il vous faut encore oublier cette
idée fausse de « je » . Lorsque vous discernez sa nature,
comment elle apparaît, comment elle disparaît, votre esprit devient
impartial à l'égard de cette sensation, il devient détaché
et libre. Il en est de même pour toutes les émotions, toutes les
sensations.
Venons-en maintenant à la forme de « méditation »
qui concerne votre esprit. Vous devriez avoir pleine conscience du fait, chaque
fois que votre esprit est passionné ou détaché, chaque
fois qu'il est dominé par la haine, la malveillance, la jalousie, ou
au contraire plein d'amour, de compassion, chaque fois qu'il est dans l'illusion
ou bien qu'il a une connaissance claire et juste, et ainsi de suite. Nous devons
reconnaître que nous sommes très souvent effrayés ou honteux
de regarder notre propre esprit. Aussi nous préférons l'éviter.
On devrait être assez hardi et assez sincère pour regarder son
esprit comme on regarde son visage dans un miroir.
Il ne s'agit pas ici d'une attitude critique, de juger et de discerner ce qui
est juste et faux ou bien et mal. Il s'agit simplement d'observer, d'être
attentif, d'examiner. Ici, vous n'êtes pas un juge, mais un savant qui
constate un fait. Lorsque vous observez et discernez clairement la vraie nature
de votre esprit, vous devenez impartial vis-à-vis de ses émotions,
de ses sentiments, de ses états, vous devenez ainsi détaché
et libre et vous pouvez voir alors les choses telles qu'elles sont.
Voici un exemple : supposons que vous soyez en colère, dominé
par celle-ci, par la malveillance, par la haine. Il est curieux et paradoxal
qu'un homme emporté de cette manière ne soit pas réellement
conscient de l'état dans lequel se trouve son esprit. Au moment où
il voit sa colère, aussitôt celle-ci devient, dirait-on, timide,
honteuse et elle commence à tomber. Vous devez examiner sa nature, comment
elle apparaît, comment elle disparaît. Il faut, ici encore, se souvenir
qu'on ne doit pas penser « je suis en colère » ou «
ma colère ». Vous devez seulement être attentif et être
conscient de l'état de l'esprit livré à la colère.
Vous observerez objectivement, vous examinerez un esprit en colère. Telle
est l'attitude qu'il importe de prendre à l'égard de tous sentiments,
émotions, états d'esprit.
Il y a enfin une forme de « méditation » qui porte sur les
sujets moraux, spirituels et intellectuels. Toutes nos études, nos lectures,
nos discussions, toutes nos conversations et nos réflexions sur ces questions,
sont incluses dans cette méditation. Lire ce livre-ci et penser profondément
aux sujets qui y sont exposés, cela est une forme de méditation.
Nous avons vu que la conversation entre Khemaka et le groupe de moines était
un genre de méditation qui les conduisit à l'atteinte du Nirvana.
Selon cette forme de méditation vous pouvez ainsi étudier, penser
et réfléchir sur les Cinq Empêchements (Nivarana) qui sont
:
1. Les désirs sensuels (kamacchanda) ;
2. La malveillance, la haine ou la colère (vyapada) ;
3. La torpeur et la langueur (thina-middha) ;
4. L'excitation et le remords (uddhacca-kukkucca) ;
5. Les doutes sceptiques (vicikicchd).
Ces cinq éléments sont considérés comme s'opposant
à toute compréhension claire, en fait à tout progrès.
Quand on est dominé par eux, sans savoir comment s'en débarrasser,
on ne peut pas comprendre ce qui est vrai ou faux, bon ou mauvais.
On peut méditer aussi sur les Sept Facteurs d'Eveil (Bojjhariga) :
1. L'attention (sali), c'est-à-dire être conscient et attentif
dans tous les actes, dans tous les mouvements physiques et mentaux, comme nous
venons de le dire.
2. L'investigation et la recherche concernant les divers problèmes sur
la doctrine (dhamma-vicaya). Sont incluses dans cette rubrique, toutes nos études
religieuses, éthiques, philosophiques, toutes nos lectures, recherches,
discussions, conversations et même l'assistance à des conférences
sur de telles questions doctrinales.
3. L'énergie (viriya) de travailler avec détermination jusqu'à
ce que le but soit atteint.
4. La joie (piti) : qualité qui s'oppose absolument à une attitude
d'esprit pessimiste, sombre ou mélancolique.
5. La détente (passaddhi) du corps et de l'esprit : on ne doit pas se
raidir ni physiquement ni mentalement.
6. La concentration (samadhi) dont nous avons discuté plus haut.
7. L'équanimité (upekkha) c'est-à-dire être capable
de faire face, avec calme, sans en être troublé, à toutes
les vicissitudes de la vie.
Ce qui est essentiel pour cultiver ces qualités c'est une volonté,
une inclination sincères. Les textes décrivent en outre beaucoup
d'autres conditions matérielles et spirituelles qui contribuent au développement
de chacune de ces qualités.
On peut aussi « méditer » sur des sujets comme les Cinq Agrégats,
en réfléchissant sur la question « qu'est-ce qu'un être
? »
ou « qu'appelle-t-on « je » ? » ou bien sur les Quatre
Nobles Vérités, comme nous en avons discuté plus haut.
L'étude de ces sujets, les recherches qui les concernent, constituent
cette quatrième forme de méditation qui conduit à atteindre
la Vérité Ultime.
A côté de ceux que nous venons de mentionner, il y a encore beaucoup
d'autres sujets de méditation, au nombre de quarante, selon la tradition.
Parmi ceux-ci nous devons mentionner les Quatre Etats Sublimes (Brahma-vihâra)
1. étendre amour universel, illimité et bienveillance sur tous
les êtres vivants, sans discrimination (metta), « comme une mère
aime son unique enfant „; 2. la compassion (karuna) pour tous les êtres
qui souffrent, qui sont en difficulté, dans l'affliction ; 3. joie sympathique
(mudita) pour le succès, le bien-être et le bonheur des autres,
et 4. l'équanimité (upekkha) dans toutes les vicissitudes de la
vie. Par le vénérable Walpola Rahula